Aller au contenu

Pourquoi préférer bois massif à de l’aggloméré

Le choix des matériaux a un rôle majeur dans l'impact environnemental du mobilier. A travers l'exemple de notre table basse Bridge, nous démontrons comment l'éco-conception permet d'assurer une circularité. Nous expliquons pourquoi nos créations sont aujourd'hui exemptes d'aggloméré (MDF).

Introduction

Acheter du mobilier durable. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Avez-vous une attente particulière lorsque vous achetez durable ? Peut-être vous renseignez-vous sur l’origine du produit (aspect local) ou les conditions de travail (aspect éthique).

En pratique, le label durable se retrouve sur beaucoup de produits ; parfois de manière appropriée mais aussi souvent de manière abusive. Nous voyons notamment des omissions à propos des matériaux utilisés et il manque alors au consommateur.ice certaines informations cruciales. Par exemple certains produits marqués durables emploient des panneaux agglomérés plaqués ou des finitions non identifiées. Dans les faits, ces matériaux sont non recyclables, non réparables et difficilement réutilisables. Ils contribuent aux 10 millions de tonnes annuelles de déchets d’ameublement produites chaque année en Europe [1] (2017, 24 Septembre) Rapport Circular economy opportunities in the furniture sector, eeb.org .

Pour éclairer sur ces pratiques, nous voulons faire un point matériaux ; expliquer comment la matière et les assemblages qui lui donnent forme et volume impactent fortement « l’équation durable ».

Nous comparerons en particulier bois massif et panneau aggloméré. Plus important encore, afin de (dé)montrer notre démarche éco-responsable, nous présentons le pourquoi derrière nos choix.

I. Durable, une équation à plusieurs variables

L’éco-responsabilité est au cœur de notre démarche. De manière similaire à d’autres initiatives engagées pour un monde plus durable, nos étapes de conception et fabrication prennent en compte tout le cycle de vie d’un produit. Comme nous l’illustrons, l’éco-conception et fabrication sont clés pour permettre un recyclage ou un réemploi en fin de vie. Sans cette démarche il n’y a pas de circularité et l’on reste alors dans une impasse écologique. Ceci est représenté par la flèche rouge, pointant vers le déchet « perdu ».

Illustration du cycle de vie d'un écoproduit

A travers ces étapes de conception et fabrication, nous sélectionnons avec soin les matériaux utilisés. Spécifiquement, nous nous imposons 3 grands critères à respecter :

  1. Utiliser uniquement des matières recyclables ou biodégradables,
  2. Utiliser des finitions naturelles qui ne modifient pas la recyclabilité,
  3. Ne pas créer ou utiliser des mélanges de matériaux qui ne peuvent être séparés et empêchent le recyclage.

Pourquoi ces critères ? Comment soutiennent-ils notre éco-responsabilité ?

Nous l’expliquons dans ce qui suit.

Illustration du cycle de vie d'un écoproduit

Crédits icônes [2]Becris, Eucalyp, Vectors Market, surang, et Freepik depuis www.flaticon.com

II. Matériaux et impact environnemental

Prenons un cas d’étude afin de faciliter les explications, celui de notre table basse Bridge. Nous allons aborder tour à tour l’éco-conception puis l’éco-fabrication et montrer comment ces étapes sont clés pour une circularité.

Eco-conception.

Comme toute table, Bridge requiert des pieds et un plateau. Les lignes fines, à la fois droites et courbes nécessitent des matériaux légers et solides. Nous avons retenu le plastique biodégradable nommé acide polylactique (PLA) et du bois massif local, respectivement. De l’aluminium a été considéré pour les pieds, mais l’aspect métallique ne correspondait pas ici et sa mise en œuvre serait trop complexe pour la très petite série.

Illustration table basse Bridge @La Fabrique du Ciel Bleu

Avec le PLA et du bois massif, nous respectons notre premier critère. Ces deux matériaux sont tous deux biodégradables, sont issus de sources renouvelables et sont recyclables. Avec un tri adéquat, leur impact environnemental en fin de vie est très faible. Bien évidemment, nous ne disons pas que ces matériaux en fin de vie peuvent être placés en plein air pour « disparaitre ». Plutôt, leur retraitement est possible dès aujourd’hui et sans danger pour l’environnement. Enfin, le bois massif, en fonction de son état peut être réutilisé en l’état.

A contrario, sans cahier des charges durable, nous pourrions élargir notre horizon ; « revenir » à d’autres matériaux. Conventionnellement, le plateau serait en aggloméré plaqué bois et les pieds pourraient être fabriqués avec un plastique thermodurcissable (comme des polyuréthanes) [3] Le terme n’est pas familier ? Nous proposons une lecture de notre article sur le sujet, distinguant thermoplastiques et thermodurcissables. Dans ces deux cas, nous aurions alors une matière non dégradable et non recyclable. Plus encore ces matériaux présentent une certaine toxicité à travailler.

Pour poursuivre ce contrepoint, arrêtons-nous sur le panneau d’aggloméré mélaminé ou plaqué (MDF plaqué, MDF indiquant Medium Density Fiberboard).

Qu’est-ce ? Ce panneau de fibres agglomérées avec une colle est ubiquitaire dans le mobilier moderne. La colle ou ‘agent liant’ est principalement basé sur du formaldehyde (urée- ou phénol-formaldehyde) [4] (2017, 9 Novembre), George I. Mantanis et al., Adhesive systems used in the European particleboard, MDF and OSB industries; des composés issus de sources non renouvelables. Le panneau aggloméré est couvert d’un film plastique ou de bois, qui peut être collé ou rendu adhérent par compression [5] (2019, 22 Juin) Article Mélaminé de Wikipédia en français.

Panneau de MDF ou à particules agglomérées (dit OSB) sans recouvrement de champ (les bords dévoilent l’intérieur des panneaux)

Ce type de panneau n’est donc pas recyclable car sa composition présente de multiples matériaux difficilement séparables.

Par ailleurs nous évitons aussi d’employer du MDF car sa composition chimique entraine le relargage dans l’air d’une certaine quantité de formaldéhyde et d’autres composés volatils [6] (1999, Septembre), S. K. Brown, Chamber assessment of formaldehyde and VOC emissions from wood-based panels et ce, pendant des années [7] (2015) Weihui Liang et al., Long-Term Formaldehyde Emissions from Medium-Density Fiberboard in a Full-Scale Experimental Room: Emission Characteristics and the Effects of Temperature and Humidity(https://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acs.est.5b02217 ). Ces composés sont nocifs pour la santé [8]Le formaldéhyde est un composé retrouvé dans la nature mais est plus concentré dans nos habitations. Celui-ci impacte la santé à partir de différents seuils, en fonction des effets attendus. … Continue reading.

On note donc un potentiel risque pour la santé. Par conséquent, tandis que nous gardons un œil sur les améliorations techniques, nous excluons actuellement le MDF et autres panneaux agglomérés (à particules) ou multicouches (multiplex) de toutes nos créations.

Comment identifier du MDF plaqué bois ? Pas facile mais voici deux conseils. Le placage peut présenter un motif à répétition (à gauche) ou le grain n’est pas continu aux extrémités (à droite)

Eco-fabrication.

Une fois les matériaux sélectionnés, c’est-à-dire une fois que l’idée a pris vie nous passons à l’éco-fabrication.

Avant d’atteindre une version finale, une ou plusieurs versions intermédiaires nous amènent à confirmer les techniques de fabrication et l’assemblage des pièces. On parle de prototypage.

Pour rester sur le sujet des matériaux, ce prototypage nous permet notamment de confirmer les finitions qui seront utilisées. Pour Bridge, le plateau en bois massif reçoit une finition à l’huile de lin (origine Belgique en 2021). Ceci rencontre notre deuxième critère. L’huile utilisée est exempte de siccatifs afin d’éviter la présence de métaux lourds. Cela augmente le temps de séchage en comparaison avec des produits standards et ralentit notre fabrication. En échange nous pouvons garantir une finition sans impact sur l’environnement. Plus encore, cette finition n’empêche pas un potentiel recyclage.

Enfin, nous prenons garde d’utiliser un seul et même matériau pour chaque pièce. Pour Bridge, les pieds sont uniquement en PLA (un plastique pur, sans additifs), assemblés sans colle au plateau par vissage. Chaque pied est assemblé à partir de deux pièces, maintenues ensemble par un montage traditionnel de tenon et mortaise. A la fois clin d’œil à la menuiserie et solution permettant un démontage complet, nous rencontrons parfaitement notre 3ème critère.

Illustration du montage d’un pied de notre table basse Bridge. Toutes les pièces sont démontables pour assurer un recyclage.

III. Conclusion

Avec pour exemple notre table basse Bridge, nous montrons comment la conception et fabrication peuvent exprimer une éco-responsabilité. A travers l’application de critères rigoureux, il est possible d’assurer la réparabilité et recyclabilité de mobilier fabriqué en très petite série.

Les trois critères propres aux matériaux peuvent être vus comme contraignants. Nous les voyons plutôt comme un gage de qualité et une assurance pour un monde plus durable.

Enfin, nous avons vu que les matériaux constituent un facteur majeur dans l’équation durable de nos créations. Les informations autour des matériaux accompagnent les considérations locale et éthique. Prises ensemble, toutes ces données donnent, aux consommateur·ices, les clés pour distinguer entre pratiques « durables ». Par exemple, une pièce de mobilier étiquetée durable et fabriquée en aggloméré plaqué bois doit être questionnée.

Sources

Sources
1 (2017, 24 Septembre) Rapport Circular economy opportunities in the furniture sector, eeb.org
2 Becris, Eucalyp, Vectors Market, surang, et Freepik depuis www.flaticon.com
3 Le terme n’est pas familier ? Nous proposons une lecture de notre article sur le sujet, distinguant thermoplastiques et thermodurcissables
4 (2017, 9 Novembre), George I. Mantanis et al., Adhesive systems used in the European particleboard, MDF and OSB industries
5 (2019, 22 Juin) Article Mélaminé de Wikipédia en français
6 (1999, Septembre), S. K. Brown, Chamber assessment of formaldehyde and VOC emissions from wood-based panels
7 (2015) Weihui Liang et al., Long-Term Formaldehyde Emissions from Medium-Density Fiberboard in a Full-Scale Experimental Room: Emission Characteristics and the Effects of Temperature and Humidity
8 Le formaldéhyde est un composé retrouvé dans la nature mais est plus concentré dans nos habitations. Celui-ci impacte la santé à partir de différents seuils, en fonction des effets attendus. Le seuil pour une irritation des voies respiratoire est de 0,38 mg/m3 d’après (2010) Kaden D. A. et al., WHO Guidelines for Indoor Air Quality: Selected Pollutants. Des concentrations de 4-5 mg/m3 sont observés en présence de MDF, selon la référence précédente. La référence suivante propose une revue du sujet (2020) Alapieti T. et al. The influence of wooden interior materials on indoor environment: a review